Article publié le 04 novembre 2009.
Le point de départ de cet article devait être une interrogation, non une affirmation ; et l’article en lui-même, dans sa construction et son propos, tendait vers une sorte de synthèse, de présentation objective d’un sujet mal connu. Servi par une actualité politique offrant sur un plateau l’occasion de jeter en Une quelques lignes percutantes sur ce qu’on appelle avec les narines frémissantes « les sujets chauds », le thème nous a enthousiasmés.
Nous avons donc retroussé nos manches et amorcé un travail classique d’investigation : recherches de sources fiables, demandes d’interviews, exploration des publications, lectures éclairantes…
Qu’avons-nous trouvé ? Des Experts (avec un grand « E ») : des experts médicaux, des experts sociologues, des experts politiques, et puis aussi des Spécialistes (avec un grand « S »), et des gens prêts à nous montrer la Voie (avec un grand « V ») vers la Lumière (avec un grand « L »). Mais au terme d’un épluchage de données aussi complexes que contradictoires, aussi catégoriques que subjectives, aussi politiques que militantes, une évidence s’est imposée : écrire UN article objectif sur un sujet aussi touffu allait se révéler au mieux artificiellement conventionnel, au pire totalement nuisible.
Le parti pris de l’information au détriment de toute récupération politique, sur ce « sujet chaud » (pardon, pardon), nous imposait d’aborder la transidendité avec un regard neuf et sous un angle enfin humain, c’est-à-dire débarrassé des grandes déclarations politico-médiatiques, des sentiments larmoyants faussement compassionnels, et du paravent journalistique qui impose à le plume de servir la soupe avec retenue et subtilité.
Il y aura donc plusieurs articles, documentés à la source même (donc NON aux experts, mais nous en citerons peut-être quelques uns) et rédigés par une plume uniquement animée de l’envie d’informer ENFIN, loin du cirque médiatique entourant cette thématique dont, me disait Cornelia* aujourd’hui : « Nous, aujourd’hui, nous en sommes au point exact où étaient les pédés il y a 50 ans ».
Alors de quoi parlons-nous ?
Nous parlons de transidendité et de personnes intersexes, ou intersexué(e)s – non, on ne dit pas transsexualité et encore moins transsexualisme -, termes bien souvent employés à tort et à travers par de pompeux Experts, termes par ailleurs régulièrement exploités au profit d’une médiatisation sauvage et au détriment même d’une réalité complexe et de vécus qui contredisent avec force le réflexe social d’étiquetage, et le réflexe politique de récupération et d’oppression.
Force de frappe médiatique ou volonté d’enfermer les différences dans un nouveau carcan, ce qu’on appelle parfois « phénomène », ou « fait de société » se révèle bien souvent l’objet d’une communication qui oscille entre ignorance manifeste et volonté de faire du bruit à tout prix. Les personnes intersexué(r)s directement concernées ne sont alors mentionnées qu’à titre d’illustration marginalisante et se voient stigmatisé(e)s sous prétexte de visibilité prétendument offerte par les médias. Le tout, évidemment, dissimulant plus ou moins habilement (et parfois même au sein du milieu trans, comme nous le verrons par la suite) les manipulations politiques visant à faire reculer, implacablement, les droits des personnes intersexué(e)s.
Les récurrentes questions « qui sont-ils/elles ? » et « pourquoi ? », parfois soutenues par une caméra pointée telle une lucarne voyeuriste, ne servent en définitive qu’à montrer du doigt une spécificité mal connue. Derrière les dénominations, derrière les médecins, derrière la loi, il ne faut pas oublier qu’il y a des individus, de vraies personnes qui en ont assez d’être considéré(e)s comme des marginaux/marginales ou pire encore comme des malades.
Chaque avancée prétendue (sociale, médicale, juridique, politique) est déclarée comme significative par les un(e)s, hypocrite par les autres. Entre observation sociologique, coercition psychologique (cf. la période d’observation obligatoire dans le cadre de la déclaration de l’Affection de Longue Durée visant à établir le diagnostic de dysphorie de genre) et fourre-tout médiatique, le sujet est bien trop rarement remis des seuls vrais expert(e)s : celles et ceux qui le vivent au quotidien et qui savent, sans avoir besoin de brandir un diplôme quelconque, communiquer, expliquer, décrire et faire comprendre aux ignorants que nous sommes ce qu’est vraiment la transidendité, qu’il s’agisse de politique, de société, de médias ou de médecine.
De chair, de sang et de sources enfin fiables, voilà de quoi sera fait ce dossier, qui comportera donc plusieurs articles abordant les différents aspects de ce thème. Et au diable la soupe médiatique à la mode : le slogan de ce mag ne contient-il pas les mots « sans gêne » ?
*Cornelia Schneider, fondatrice du groupe « Support Transgenre Strasbourg« , qui a eu la gentillesse de nous accorder un long entretien, et qui sera relectrice et support documentaire sur ce dossier.
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