Archives | Coup de gueule du samedi

Et vous, vous en êtes où avec les stéréotypes et la discrimination ?

Petit zoom sur les spots TV de l’INPES, diffusés dans le cadre de la lutte contre le sida et de la prévention : cette campagne, axée sur le préservatif et la prise de responsabilité, ainsi que sur les différentes situations qui peuvent nous amener, toutes et tous, à agir de façon plus ou moins pertinente selon le contexte, soulève l’éventuelle difficulté à aborder le sujet du préservatif et son utilisation proprement dite. Un slogan : « Et vous, vous en êtes où avec le préservatif ?« .

Le but est louable et nous ne le remettrons pas en cause, pas plus que nous ne mettrons en cause l’évident souhait d’adopter un angle qui refuse la segmentation. Ici, tout est envisagé : le couple hétéro marié, le couple homo, le mec marié qui a baisé ailleurs, la femme divorcée qui se remet à faire l’amour après un an de pause, l’homme qui a eu une pratique sexuelle hétéro puis qui a couché avec des hommes… C’est pas mal du tout : on sent clairement la volonté d’ouverture.

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Divorcées en liberté : « Liberté je crie ton nom ! »

C’est beau, l’internet. Sérieux, le surf sauvage est un enchantement sans cesse renouvelé. Et moi je suis le cabri du web : je me promène en bondissant au gré de clics hasardeux. Non, la vérité c’est que la veille documentaire c’est mon métier, mais j’avais envie de te faire rêver.

Alors pour te situer, on me paie – pas trop mal d’ailleurs – pour faire  entre autres cette fameuse veille documentaire, à savoir surveiller ce qui sort à propos d’un sujet ou d’un autre, de la manière la plus exhaustive et pertinente possible, pour en faire la synthèse. Je finis par appliquer cette méthode à tout ce que je lis. Non, non, pas du tout déformée professionnellement, pourquoi tu dis ça ?

Je sautillais donc de site en site en cette belle journée lorsque je suis tombée en arrêt sur un article qui m’a décroché la mâchoire : il était écrit, noir sur blanc, ou plutôt rose sur blanc, que les divorcées, eh bien il fallait qu’elle sortent !!! Et qu’elles reprennent goût à la vie et à l’amour (au sexe, non. Apparemment, le sexe ne doit pas faire partie des préoccupations d’une honnête mère de famille).

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Journée de la gentillesse : soyons sexuellement attentionnés !

Aujourd’hui, c’est la journée de la gentillesse. Belle initiative. Si l’on en croit la rumeur, les gens vont donc arpenter les rues en affichant des sourires béats, ils se céderont la place dans les files d’attente, afficheront du sourire au kilomètre et se rouleront des pelles dans les embouteillages. Même les chiens vont se renifler le cul avec politesse. Quel tableau idyllique. On y croit complètement.

Zone Zéro Gêne ne pouvait manquer de s’associer à la liesse générale en exprimant publiquement à quel point la gentillesse est une valeur essentielle. Pour nous, il était donc crucial de marquer le coup en participant à cette célébration originale.

Lecteurs, lectrices, soyez gentils. (Ok, donc ça, c’est fait).

Surtout au pieu.

Stop à la goujaterie sexuelle ! Halte aux mal éduqués du cul ! Que les mufles de la baise fassent amende honorable et prennent enfin la peine de tenir la porte de l’orgasme de leur copine (les dames d’abord, bon sang !). Bref, en exclu pour vous, quelques principes de base pour que cette journée de la gentillesse vous réjouisse l’âme et les bas-morceaux.

Mesdames :

- Pour la petite pipe du matin, tout d’abord, ne la zappez pas. Contrairement à une idée reçue qui prétend que la gaule de Monsieur est due à la pression exercée par sa vessie, l’érection matinale est parfaitement exploitable. Et quel meilleur témoignage de gentillesse que cette petite gratification qui lui permettra d’arriver au boulot avec l’écriteau symbolique du mâle repu ( »vidange faite »). Sa productivité s’en trouvera accrue, le monde lui semblera plus beau, bref, quelques grammes de bonheur dans ce monde en crise. Petit bonus : l’appendice caudal de votre amoureux ne s’offusquera pas de votre haleine potentiellement méphitique au réveil. La pipe, le matin, c’est finalement mieux que le roulage de galoches.

- Vos seins et vos fesses : ayez la gentillesse de les montrer. Allez, ne faites pas vos bêcheuses, la parité ne fera pas de crise cardiaque sous prétexte que vous acceptez d’ensoleiller un peu le paysage.

- Si vous avez en tête de reprocher un manque de dextérité à votre partenaire, faites-le. Mais demain.

- Laissez vous tripoter par votre compagnon/compagne sans râler, même si vous avez l’esprit et les mains occupés par un truc urgent (dossier à traiter sans délai, coup de fil pro, cherchage de choses dans le sac à main) : quand on vous pelote, ça ne signifie pas forcément que vous allez être sollicitée dans la minute pour une levrette sauvage au détriment de vos impératifs immédiats. Le geste montre tout simplement un certain intérêt pour ce qui fait de vous une femelle physiquement attirante (mais OUI, on aime aussi votre âme). Ce n’est ni un manque de considération pour votre emploi du temps, ni de l’indifférence à vos propres désirs, ni du machisme. Se faire palper les miches avec passion à des moments incongrus n’est pas une déclaration de guerre. Brandir d’un ton sec le fameux « ah non là c’est pas le moment, et pis j’ai pas envie de baiser » ne présente aucun intérêt. L’instant présent, c’est le pelotage.

- Acceptez que vous ne sucez pas forcément comme une déesse et que l’on peut vous guider sans que vous ne sentiez pour autant remise en question dans votre intégrité de suceuse de choc. Eh oui, la triste réalité peut causer un choc, mais contrairement à ce que vous affirme la presse féminine, non, tous les hommes n’adorent pas qu’on leur lèche le frein, tous ne raffolent pas du tour de couronne, certains détestent qu’on palpe leurs testicules, d’autres souhaiteront être empoignés avec fermeté… Bref, de la même façon que les femmes demandent aux hommes d’être attentifs à leurs conseils (pour le cunni par exemple, art délicat s’il en est), les hommes apprécieraient de pouvoir guider leur partenaire. Ne le prenez pas mal, hein, mais en ce domaine, seul le propriétaire de l’engin peut vous donner son mode d’emploi perso.

- Le pénis est votre ami. Mais son meilleur pote, le cerveau, continue d’être irrigué même quand le gourdin est très en forme. Admettre que l’homme peut tout à fait être traversé par des émotions, des sentiments et qu’il ne pense pas qu’avec sa queue pourrait être une bonne façon de ne pas tomber dans le sexisme ordinaire. Le fait que les connards existent ne devrait pas nous entraîner à proférer de méprisantes généralités condamnant les mecs bien, non ?

- Si vous sentez que l’orgasme s’est barré très loin et ne cèdera pas à l’appel touchant des efforts de votre mec, (ou à sa maladresse), prévenez-le. Le laisser se donner du mal en pure perte n’est pas très sympa, et simuler est un manque de respect (pour vous et pour lui). Il n’y a aucune gloire à tirer du fait qu’aucun mec ne peut vraiment savoir si une fille fait semblant. Au contraire, faire semblant c’est se priver d’une sacrée qualité de dialogue sexuel dans le couple (le coming out du mensonge orgasmique posant par la suite un léger problème de confiance). Et puis faire semblant, c’est aussi se priver de ses futurs orgasmes. L’homme qui croit que vous avez joui sous une caresse précise la reproduira. Logique, le gars. Z’êtes pas dans la merde ,hein ?

Messieurs :

- Ne vous sentez pas obligé de nettoyer les amygdales de votre partenaire avec votre langue à chaque baiser. C’est inutile et ça fait déborder le gloss.

- Clitoris n’est pas le nom d’une divinité antique. Faites des recherches ou demandez votre chemin. Une fois la chose localisée, soyez gentil avec elle et ne décalottez pas trop brutalement.

- Ne compensez pas l’absence de lubrification de la salle de jeux de Madame par la proposition immédiate d’un gel conçu spécialement pour. Si Madame n’est pas lubrifiée, c’est peut-être qu’elle n’est pas excitée. Enfin pas là, tout de suite. Essayez encore. Si vraiment ça ne donne rien, vous gagnez le droit de faire la princesse (comme elle le ferait à votre place dans le cas où elle échouerait à vous faire bander) : vexez-vous ostensiblement. Si, si. Et reprochez-lui de ne plus vous aimer et de vous trouver moche, puis accusez-la de vous tromper.  Pendant plusieurs heures. Mais si, c’est de la gentillesse : vous lui rendez service.

- Envisagez le cunnilingus comme un jeu à niveaux : si vous vous plantez au level 4, vous devrez tout reprendre à zéro, et on ne va pas non plus y passer la nuit. Le but, c’est de tuer les méchants et de sauver la princesse en lui procurant un orgasme, et non de la préparer sournoisement à l’assaut final en négligeant l’objectif de base. Le cunnilingus n’est pas un préliminaire. Et de même que la pipe, s’il demande de l’amour et de la passion, il exige surtout une bonne technique . Evitez la crampe à la mâchoire et n’hésitez pas à consulter un bon tutorial.

- Le sexe de la femme n’est pas une boule de bowling : bien caler ses doigts à l’intérieur vous donnera certes un sentiment de confort pour ajuster vos prochains gestes, mais présente peu d’intérêt en soi si l’insertion ne s’accompagne pas d’une bonne connaissance des lieux. Ce qu’on appelle pudiquement « la géographie intime » des filles est une grosse arnaque : en fait, c’est une saloperie de labyrinthe dans lequel le plus doué des mecs peut se perdre. Personne ne vous en voudra. Mais en général, la dame a une boussole. Sinon, venez me demander.

De rien, ça me fait plaisir (J’avais promis d’être gentille aujourd’hui).

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Marre de l’excision médiatique : rendez-moi mon clito !

S’il est bien une chose dont on ne se lasse jamais, c’est de constater les tombereaux de conneries dont nous assomment certains médias ou prétendus tels. Et au-delà du clivage ramolli entre vrai-journaleux-de-presse-écrite (euh… la rubrique beauté d’un féminin, du journalisme ? Bon, d’accord, je me tais) et faux-journaleux-du-web-poubelle, je vois un autre découpage, bien plus pertinent. C’est celui qui sépare le bon pisse-copie du mauvais (un peu comme les chasseurs de galinette cendrée à l’époque : d’un côté, t’as le bon chasseur, et puis t’as le mauvais chasseur. Le bon chass… Enfin on se comprend).

Le bon pisse-copie, ce serait celui qui, quel que soit le domaine abordé, sait se positionner selon son sujet : ou il tape dans le tout-objectif, auquel cas il va vomir des faits et le faire avec une irréprochable efficacité, ou il utilise des faits pour servir son propos, ou alors il n’a pas d’âme, mais juste son tarif au feuillet en tête (ou son bulletin de salaire si c’est un nanti de la profession), et là c’est pas compliqué, il va pondre du signe au km sans trop se préoccuper de la qualité mais en gardant toujours une certaine pertinence par rapport à la demande initiale (fais-nous marrer / fais de la propagande / fais-nous pleurer/ vends ce produit / froisse pas l’annonceur / montre ton cul vu que t’as pas d’âme mais fais-le bien).

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Transgenres et intersexe : non aux « Experts » et à la désinformation !

Le point de départ de cet article devait être une interrogation, non une affirmation ; et l’article en lui-même, dans sa construction et son propos, tendait vers une sorte de synthèse, de présentation objective d’un sujet mal connu. Servi par une actualité politique offrant sur un plateau l’occasion de jeter en Une quelques lignes percutantes sur ce qu’on appelle avec les narines frémissantes « les sujets chauds », le thème nous a enthousiasmés.

Nous avons donc retroussé nos manches et amorcé un travail classique d’investigation : recherches de sources fiables, demandes d’interviews, exploration des publications, lectures éclairantes…

Qu’avons-nous trouvé ? Des Experts (avec un grand « E ») : des experts médicaux, des experts sociologues, des experts politiques,  et puis aussi des Spécialistes (avec un grand « S »), et des gens prêts à nous montrer la Voie (avec un grand « V ») vers la Lumière (avec un grand « L »). Mais au terme d’un épluchage de données aussi complexes que contradictoires, aussi catégoriques que subjectives, aussi politiques que militantes, une évidence s’est imposée : écrire UN article objectif sur un sujet aussi touffu allait se révéler au mieux artificiellement conventionnel, au pire totalement nuisible.

Le parti pris de l’information au détriment de toute récupération politique, sur ce « sujet chaud » (pardon, pardon), nous imposait d’aborder la transidendité avec un regard neuf et sous un angle enfin humain, c’est-à-dire débarrassé des grandes déclarations politico-médiatiques, des sentiments larmoyants faussement compassionnels, et du paravent journalistique qui impose à le plume de servir la soupe avec retenue et subtilité.

Il y aura donc plusieurs articles, documentés à la source même (donc NON aux experts, mais nous en citerons peut-être quelques uns) et rédigés par une plume uniquement animée de l’envie d’informer ENFIN, loin du cirque médiatique entourant cette thématique dont, me disait Cornelia* aujourd’hui : « Nous, aujourd’hui, nous en sommes au point exact où étaient les pédés il y a 50 ans ».

Alors de quoi parlons-nous ?

Nous parlons de transidendité et de personnes intersexes, ou intersexué(e)s – non, on ne dit pas transsexualité et encore moins transsexualisme -, termes bien souvent employés à tort et à travers par de pompeux Experts, termes par ailleurs régulièrement exploités au profit d’une médiatisation sauvage et au détriment même d’une réalité complexe et de vécus qui contredisent avec force le réflexe social d’étiquetage, et le réflexe politique de récupération et d’oppression.

Force de frappe médiatique ou volonté d’enfermer les différences dans un nouveau carcan, ce qu’on appelle parfois « phénomène », ou « fait de société » se révèle bien souvent l’objet d’une communication qui oscille entre ignorance manifeste et volonté de faire du bruit à tout prix. Les personnes  intersexué(r)s directement concernées ne sont alors mentionnées qu’à titre d’illustration marginalisante et se voient stigmatisé(e)s sous prétexte de visibilité prétendument offerte par les médias. Le tout, évidemment, dissimulant plus ou moins habilement (et parfois même au sein du milieu trans, comme nous le verrons par la suite) les manipulations politiques visant à faire reculer, implacablement, les droits des personnes intersexué(e)s.

Les récurrentes questions « qui sont-ils/elles ? » et « pourquoi ? », parfois soutenues par une caméra pointée telle une lucarne voyeuriste, ne servent en définitive qu’à montrer du doigt une spécificité mal connue. Derrière les dénominations, derrière les médecins, derrière la loi, il ne faut pas oublier qu’il y a des individus, de vraies personnes qui en ont assez d’être considéré(e)s comme des marginaux/marginales ou pire encore comme des malades.

Chaque avancée prétendue (sociale, médicale, juridique, politique) est déclarée comme significative par les un(e)s, hypocrite par les autres. Entre observation sociologique, coercition psychologique (cf. la période d’observation obligatoire dans le cadre de la déclaration de l’Affection de Longue Durée visant à établir le diagnostic de dysphorie de genre) et fourre-tout médiatique, le sujet est bien trop rarement remis des seuls vrais expert(e)s : celles et ceux qui le vivent au quotidien et qui savent, sans avoir besoin de brandir un diplôme quelconque, communiquer, expliquer, décrire et faire comprendre aux ignorants que nous sommes ce qu’est vraiment la transidendité, qu’il s’agisse de politique, de société, de médias ou de médecine.

De chair, de sang et de sources enfin fiables, voilà de quoi sera fait ce dossier, qui comportera donc plusieurs articles abordant les différents aspects de ce thème. Et au diable la soupe médiatique à la mode : le slogan de ce mag ne contient-il pas les mots « sans gêne » ?

*Cornelia Schneider, fondatrice du groupe « Support Transgenre Strasbourg« , qui a eu la gentillesse de nous accorder un long entretien, et qui sera relectrice et support documentaire sur ce dossier.

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