Convenons-en sans gêne aucune, la levrette est au sexe ce qu’une bonne pizza est à la gastronomie snobinarde : un plaisir simple et serein, dont tout le corps nous remercie.

Donc, tu l’auras compris, Lectrice à quatre pattes : la levrette, je suis pour. Je la conçois plutôt en deuxième partie des réjouissances, à peu près entre la fin du plat principal et le pousse-café ; c’est pas le truc qui met forcément en jambes d’emblée, mais c’est bien sympathique quand même.

Sauf que.

La levrette pose souci.

Parce que tu comprends, pour la levrette, la configuration minimum requise, c’est :
- des genoux
- des bras.
- une chatte et une queue.

Et c’est bien là le problème : la levrette ce n’est pas seulement du plaisir, c’est également 9 chances sur 10 de se retrouver en train de bouffer son oreiller avec les genoux cramés.

Note qu’en aucun cas l’habileté ou la délicatesse de ton partenaire n’est mise en cause ! Que le gars te la joue langoureuse ou qu’il te laboure à grandes envolées lyriques, ça ne change rien : le poids de ton corps (oui, même toi la garce qui pèse 49 kilos et demi, ton corps a un poids), auquel s’ajoute la prise d’appui du corps de ton partenaire, tout ça t’enfonce les genoux dans le matelas.

Si tu es sur un lit bien sûr. Parce que, pleine de fantaisie comme je te connais, tu ne fais pas l’amour qu’au lit, ô Perverse que tu es… Inutile donc de te décrire le massacre si tu es, au choix : agenouillée devant le lit, à genoux par terre sur du parquet, à genoux sur n’importe quoi de dur ou, horreur parmi les horreurs, à genoux sur de la moquette. La moquette, c’est le Mal.

Faut-il pour autant renoncer à la levrette ? Non mais t’es pas cinglée ? Jamais de la vie !

Alors un conseil : replie tes genoux un peu plus qu’à angle droit : tes fesses reculent (c’est pratique) et tes reins se cambrent (c’est joli). Ce sont tes tibias qui viendront prêter un léger renfort à tes genoux et, dans le cas où tu n’es pas sur ton lit, atténuer les frottements.

Avantage collatéral : étant mieux calée sur tes guibolles, tu éviteras dans le même temps de glisser soudainement à plat ventre sous les coups de boutoir enflammés de ton partenaire, provoquant d’un seul dérapage l’éjection brutale et coupante de la queue du Mâle échevelé. Sans oublier la possiblecollision inattendue entre ta tête et le mur si tu étais au bout du lit en train de mordre ton oreiller (pour ne pas réveiller les mômes qui malheureusement persistent à habiter dans la même maison que toi et ton mec même quand vous baisez).

Le deuxième problème est celui des bras, lesquels sont pas mal rudoyés pendant la levrette. Deux cas de figure possible : soit tu utilises les deux pour te caler, soit tu n’en utilises qu’un car l’autre a été obligé de suivre ta main avec laquelle tu es en train de te tripoter le berlingot pour parfaire le boulot de ton partenaire.

Dans le premier cas, j’imagine que tu t’appuies ou sur tes coudes, ou sur tes mains. Ca revient presque au même de toute façon, ça colle des crampes. Faut alterner, je vois que ça…

Dans le second cas, l’idée c’est d’être maligne, car avec une main occupée entre les cuisses, l’autre bras gagne à ne pas s’épuiser.

Ma réponse globale à ce merdier est très simple : on oublie les coudes, les mains, les crampes, et on pose délicatement notre divine frimousse sur un oreiller, la joue bien calée, laissant les épaules, bien calées aussi, faire tout le boulot. De fait, la cambrure des reins ainsi provoquée est très engageante, la profondeur de pénétration est passablement améliorée, et les genoux bien repliés assurent l’équilibre. C’est rien que du bonheur. Et même, avec tes mains qui d’un coup sont libres de toute contrainte et se retrouvent très proches à la fois de ton petit berlingot et de la queue de ton homme, tu peux alterner entre un chatouillage de clitoris et un délicat palpage de valseuses (du moins quand la cadence est lente, sinon ça vire à la castration sauvage).

Donc la levrette, c’est bien. Je vote toujours pour, à ce stade.

Sauf que (ben ouais).

il y a un dernier petit problème, et là, c’est à l’Homme de la jouer fine. Oui, ce serait vraiment bien que les mecs aient le souci de viser la cible avec un maximum de précision… Parce que nous, on peut comprendre que la hâte (flatteuse, certes), à se la mettre au chaud, et bien profond, amène le Mâle à un enthousiasme approximatif.

Mais que ce soit pour la pénétration initiale ou pour les changements d’amplitude, soyez précis les gars, par pitié… Le plan “je ralentis soudain la cadence, je sors presque complètement l’engin et je le renfile d’un grand coup puissant”, c’est la super classe, on admet. Mais il suffit d’être un chouïa décalé, un poil à côté, pour que ça nous colle une vilaine micro-coupure juste à l’entrée du vagin, le truc qui va brûler, piquer, et nous mettre les larmes aux yeux. Alors quitte à prendre des jumelles, faites gaffe, c’est super gentil, merci ! Pour le reste, je suis sûre que vous avez tout bon.

Quant au loupage intégral, à savoir le pénis qui se rate et qui se cogne, là, ça fait mal à tout le monde et c’est le prix de l’enthousiasme… Rien n’est parfait.

Petit clin d’oeil final aux témoins qui ont bien voulu partager leurs cuisantes expériences : la levrette n’est pas la seule position brûlante. Certain(e)s d’entre vous ont connu des suites douloureuses après une amazone sur parquet ou sur tapis persan (genoux brûlés et port de pantalon obligatoire), voire un missionnaire sur moquette (reins carbonisés avec grandes traînées rouges contre-indiquant toute culotte, ceinture etc).

La petite note perplexifiante pour conclure : on m’a même rapporté des dermabrasions des coudes : pour ce témoignage des plus originaux, la personne concernée pourrait-elle nous fournir des éclaircissements ? S’agirait-il d’une position défiant les lois de la pesanteur ?

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