Vivre en couple, c’est la plus merveilleuse aventure de…
Nan.

Vivre en couple, c’est une belle expérience qui…
Non plus.

Vivre en couple, c’est un défi passionnant pour…
Pfff, n’importe quoi.

Vivre en couple, parfois, ça craint.
Ah, là c’est mieux. Essaie encore.

Vivre en couple, c’est du boulot.
Voilà. Ca c’est crédible.

Vivre en couple, donc, ça nécessite de l’amour (condition nécessaire mais non suffisante), de la motivation, de l’endurance, du dialogue, des silences, de la compréhension, de la patience, de la tolérance, mais surtout, SURTOUT, une capacité à survivre en milieu hostile.

Et le milieu hostile, c’est quoi ? La-vie-cette-pute-et-son-lot-de-soucis ? Oui mais pas seulement. Les-fêlures-de-l’âme-et-la-difficulté-à-communiquer ? Aussi.  Mais soyons réalistes : le milieu hostile, pour le couple, c’est tout simplement ce qui l’empêche de baiser. Alors ça peut être la fatigue, les soucis, la sale tronche de l’autre le matin au petit-déjeuner, la connerie de l’autre, la mauvaise foi de l’autre (toujours de l’autre, ça, très important : on ne retourne jamais une arme chargée contre soi, ok ?), le manque de compréhension de l’autre… Bref, l’autre est pénible.

Mais tout ça, c’est de la rigolade à côté du VRAI milieu hostile-qui-empêche-le-couple-de-baiser, j’ai nommé LES GOSSES.

C’est une réalité, voire une fatalité : parfois, dans un moment d’égarement, le couple se reproduit. Et ça redistribue les cartes fout la merde. Parce que l’enfant, une fois mis au monde, il reste. Je veux dire, il squatte : c’est vrai quoi, il est là tout le temps ! Et puis on peut pas dire qu’il se fasse discret. Globalement, la présence de l’enfant dans le quotidien du couple est une inépuisable source de complications, et d’emmerdements de toutes sortes.

Et sexuellement, pour le couple, l’enfant est un peu l’équivalent d’une ablation symbolique de tous les organes sexuels, doublée d’une anesthésie générale de toutes les zones érogènes primaires et secondaires.

Une fois lesté d’un enfant, le couple doit survivre en milieu hostile. Pourquoi ? Et comment ?

Le bébé : parasite anti-libido par excellence

- La première année, le grumeau est omniprésent. Il ne sort du ventre de sa mère que pour envahir l’esprit du couple. Chronophage, épuisant, absorbant, il se répand sur la toile relationnelle  fragilisée (seins qui tombent, vergetures, ventre mou et manque de sommeil) telle une marée noire sur le golfe du Mexique. Et à l’image du groupe BP en panique, le couple impuissant voit sa capitalisation fondre comme neige au soleil. En gros, c’est la merde.

Comment survivre ?

En choisissant le temps partiel. Eh oui, on n’a pas encore trouvé le moyen d’éviter le CDI quand on devient parent ; mais on n’est pas obligé d’opter pour le temps complet non plus, faut pas déconner. Le 4/5ème apparaît donc comme un choix raisonnable. Passées les premières hésitations, et même si on ne dispose pas d’une infrastructure permettant de refiler le bébé à des bonnes volontés (grands-parents pris en otage, copains qui nous doivent du fric…), on peut parfaitement choisir de cesser d’être parent dès que le morveux pionce. Ce qui, la première année, n’est pas très compliqué : blindé de biberons/petits pots/le cul propre, le chiard passe une grande partie de son temps à dormir, prenant des forces et grandissant férocement pendant les 12 premiers mois, ce qui lui assure l’indispensable énergie qu’il déploiera sournoisement pour nous faire chier, avec une admirable constance, pendant les 20 prochaines années.

L’idée est donc très simple, et directement applicable : dès que le lardon est endormi, on cesse de penser à lui. On se détache. Concrètement, on ne passe pas ses trois heures de sieste à parler de lui, on ne se précipite pas sur les tâches qui ont pris du retard, et on ne va surtout pas le regarder dormir. Faut être lucide : il est là pour un moment. L’essentiel est qu’on soit présent à son réveil. En attendant, et sans pour autant se précipiter sur une levrette bâclée, faisons autre chose que de jouer à l’adulte en extase devant le fruit-de-notre-amour-cette-merveille.

Oublier un peu notre tête et renouer avec notre cul, voilà qui est constructif. L’homme hagard et irritable vautré dans le canapé, un biberon presque vide entre les mains, à côté d’une couche sale repliée et d’un paquet de lingettes à moitié ouvert, c’est le mec avec qui on a baisé pour avoir ce bébé (oui, rétrospectivement, on ne sait pas trop pourquoi on a renoncé à la contraception, mais enfin c’est fait, hein, faut assumer maintenant). Et les mecs, la gonzesse pas coiffée, aux yeux vitreux, avec les seins congestionnés et le cul ramolli, qui fixe le mur d’un air hébété en songeant à une ligature des trompes et au célibat, c’est celle que vous avez consciencieusement remplie de votre précieuse semence, pour qu’elle mette au monde ce bébé.

Le bébé. Il dort. Il n’a pas besoin de vous. Oubliez-le complètement, jouez à « et s’il n’existait pas ? ». Ca fait des miracles. Y compris sur le plan sexuel.

L’enfant, entre 1 et 8 ans : période bénie de la parade facile

Une fois debout et babillant (ma parole, qui a eu l’idée de coller aux gosses cette voix suraiguë ? C’est insupportable), l’enfant est facilement grugeable : on peut baiser pendant qu’il fait la sieste. La nuit. Le jour en s’enfermant dans la salle de bains. On peut se tripoter les miches pendant qu’il a le dos tourné. On peut se choper dans les coins sans trop de risque dès qu’il a l’âge de se distraire en autonomie (pendant qu’il joue dans sa chambre, regarde un DVD). Et je conseille sans remords de ne surtout pas cautionner la détestable manie qu’ont certains petits salopiauds de se réveiller à 6h30 les samedi et dimanche matin. Le week-end, c’est grasse matinée, point barre.

Le morpion apprendra très vite à respecter le sommeil (ou pas) de ses géniteurs, pour peu qu’on pose des limites fermes : oui, on peut se recoucher après avoir assuré la prestation du petit-dej. Soit le gnome est encore bébé et recouchable d’autorité, auquel cas non, il ne mourra pas d’être installé tranquillement dans son lit, qu’il se rendorme ou non, pendant que les géniteurs s’accordent une bonne heure de rab. Soit il est un peu plus grand et on lui explique que papa et maman triment comme des boeufs en Sarkozie toute la semaine car ils travaillent plus pour gagner pareil, et que donc le week-end, t’emmerdes pas le monde, Kevin (oui, c’est un enfant de beauf dans l’exemple cité). Donc papa et maman vont te mettre devant un DVD de propagande Disney et tu vas pas broncher, sinon t’es privé de sortie pour les 15 prochaines années et pour avoir un scooter, tu pourras te brosser, petit con.

L’enfant après 8 ans, voire pré-ado : Petit con donc, on disait. Ben on est loin du compte.

En grandissant, l’enfant comprend un tas de choses. Il comprend que la terre tourne, que quand on serre trop fort le cou du chat il meurt, qu’on ne doit pas dire à haute voix « tu pues et t’es moche » aux gens dans les supermarchés… Et ils comprend aussi que ses parents baisent. Et ça c’est moche. Parce qu’au-delà même du fait qu’on ne peut pas imposer à l’enfant de faire une sieste l’après-midi jusqu’à sa majorité, on peut éprouver un certain malaise à aller ostensiblement s’enfermer dans la piaule ou la salle de bains pour s’envoyer en l’air.

Le couple qui a sexuellement survécu au huit premières années du rejeton peut donc se retrouver condamné à la baise nocturne exclusive, après 21h, dans la chambre, au terme d’une journée de boulot harassante. Autant dire que le couple peut se retrouver condamné à ne plus baiser du tout.

C’est là qu’il faut faire preuve d’ingéniosité. Comme tout le monde n’a pas forcément les moyens de se payer ces fameuses « escapades en amoureux qui préservent le couple », sournoisement vantés par les magazines qui n’ont pas pigé que la majorité des gens ne sont pas riches ni dotés d’une nounou à domicile, le cul se pratiquera majoritairement intra-muros et à l’insu des moutards. Si, c’est possible.

Concrètement :

- On retrouve les clés de toutes les portes de toutes les pièces du domicile. L’enfant, au fil des années, aura ses propres centres d’intérêt. Pour le dégoûter de venir nous interrompre quand on fait « autre chose », il suffit d’attendre qu’il soit très concentré sur une activité (jeu, lecture s’il aime lire, film, dessin animé, série) et d’aller le déranger avec une écoeurante mauvaise foi. Mais il faut l’agacer vraiment, hein, y aller à fond.

Normalement, il devrait assez vite faire remarquer un truc du genre : « maiiiis euh, je regarde mon film/dessin animé / je lis mon livre / je joue ». Là, on s’excuse avec un ton de dignité offensée, et on prévient que du coup, y a pas intérêt à ce qu’il vienne nous emmerder, ok ? Non mais des fois. Ca vous laisse une bonne demi-heure. Foncez. MAIS FONCEZ BORDEL ! Et enfermez-vous quand même, à titre de précaution.

- On sympathise avec les parents de ses potes. A partir de 10 ans, l’enfant aime à se retrouver en troupeau pour ricaner bêtement / engloutir toutes les courses de la semaine en deux heures avec miettes et emballages stockés pour bouillon de culture dans sa chambre / dire des gros mots derrière votre dos. C’est un créneau à exploiter. Physiquement autonome et psychologiquement pénible, l’enfant gagne à se distraire hors de votre vue : vous pouvez donc en accueillir plusieurs sans avoir à vous en occuper particulièrement.

Les ravitailler en bouffe, leur fixer des interdits précis et maîtriser un poil de logistique pour transporter tous ces petits merdeux vous assurera la reconnaissance éternelle d’autres parents confrontés au même ras-le-bol que vous. Ces parents, redevables à l’insu de leur plein gré, seront obligés de vous rendre la politesse. Et vous en profiterez sans scrupules, et surtout sans demander 12 fois « Mais vous êtes sûr(e) que ça ne vous dérange pas d’accueillir mon fils / ma fille ? ». Parce que d’une part on ne vous répondra jamais franchement, et d’autre part ça vous arrange qu’on vous débarrasse de votre progéniture. Alors faut arrêter d’être faux-cul. Si vous la jouez fine, vous parviendrez à mettre en place un sournois engrenage de solidarité entre parents frustrés. Et ce, pour pas un rond.

Conclusion : pour un couple, survivre sexuellement à la présence de ses gosses suppose une malveillante ingéniosité, une bonne dose d’égoïsme et une totale absence de scrupules. Et ça, allez comprendre pourquoi, on ne le dit pas dans les magazines.

Le titre de cet article est bien sûr un hommage aux indispensables guides de survie de Maxime Donzel chez yagg.

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Edit du 9 juin (oui, parfois on pense que c’est pas nécessaire mais on se trompe) :

© Vanessa : http://www.jenemeplainspasjeconstate.fr

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