Les basiques ne se démodent pas, paraît-il. Alors comme apparemment on est au stade où de la même façon que la mode fait des gonzesses décérébrées des fashion-victims prêtes à sortir la vaseline pour se faire entuber comme de consentantes cibles marketing (qu’elles sont avec plaisir), le cul est une affaire de tendances. Ok, pas de souci. Dans ce cas, moi je dis : relançons les basiques !

C’est vrai, merde, à la fin ! Oublions la surenchère, les cochonneries, la perverse-attitude, soyons glam, soyons femmes, emmerdons-nous savourons le délices du basique, du classique. Un peu d’élégance, s’il vous plaît.

Car aujourd’hui, si tu le veux bien, ô Lectrice à la pointe de la hype, nous te convertirons à l’art du Bien Vivre en mocassins et nous parlerons du bas de la doublure dans un tailleur Chanel, ainsi que de l’art de prendre soin de ses perles et du plan de table idéal quand on prie à dîner le même soir Monseigneur l’Evêque de Mortecouille et le Colonel Bitenbois.

Naaaaaaaan, je déconne !

Bon, à tout hasard, sache quand même que tes perles doivent être renfilées une fois par an, qu’il faut les tremper de temps en temps dans de l’eau légèrement salée, que tu ne dois jamais les mettre en contact avec un produit chimique, qu’il est souhaitable de les essuyer avec un tissu humide et mou, et que tu dois veiller à les porter régulièrement pour leur éviter le dessèchement (4 % d’eau quand même, donc oui à l’humidité de la peau, ça leur fait plaisir !).

Euh, sinon, revenons à des choses sérieuses, à savoir quelques grammes de cul dans un monde de snobs.

L’objectif du jour est donc de redonner un peu de lustre au cul médiatique, et de tenter de pondre un article qui ne vantera ni la levrette en combi simili-cuir, ni le double gode waterproof, ni le saut périlleux arrière avec orgasme simultané (un qui s’éclate à sauter, l’autre qui s’éclate en filmant pour Vidéo Gag), ni la dégustation de berlingot avec la lumière allumée, ni le tas de cochonneries que j’ai en stock et dont la liste ne cesse de s’allonger.

Je vais donc publier, sous tes yeux ébahis, ô Lectrice prête à tout pour la gloire de l’Amouuuur, un billet sur, sur… (roulement de tambour lugubre) : le missionnaire. Mais nan, pleure pas, va. Ca va bien se passer. Tu ne sentiras rien – et c’est là tout le problème, en fait.

Je ne garantis pas le résultat, ceci dit, parce qu’à ce stade du billet, je n’ai toujours aucune idée de ce que je vais dire de cette position. Déjà, malgré ma bonne volonté, je serais surprise de trouver quelque chose à en dire, à moins de reproduire en plus drôle les platitudes des psycho-socio-philo-pseudo-sexologues de la presse féminine : le missionnaire c’est trop bieeeeeeeen, tu peux regarder ton partenaire dans les yeuuuuuuux, c’est beau, c’est fort, c’est doux, bref c’est du cul 100 % Arabica : efficace sans être brutal, raffiné et suave, et qui ne donne pas d’aigreurs d’estomac. Tout bénef donc.

En fait, si l’on y pense sérieusement deux secondes, le missionnaire c’est super exotique : et en ces temps troublés où la femme fait rien d’autre qu’à s’émanciper comme une folle en allant de la cuisine au salon sans avoir à tirer sur la chaîne, dire merde à la dictature du cul pour s’adonner tranquillos au missionnaire, c’est quasiment un acte de rébellion politique. Oui, nous sommes des rebelles ! Des militantes ! Des femmes engagées ! Engagées du cul, certes, mais c’est un vrai métier, crois-moi.

Alors soyons folles, adonnons-nous au missionnaire ! Faisons l’étoile, comme Brenda, et attrapons l’orgasme sur le dos, telles des flemmasses comateuses.

Optimisons notre profit en remontant très haut dans le lit et en contenant le Mâle un peu plus bas : on capture alors un angle de pénétration tout à fait profitable, qui donne l’impression que le clitoris est vraiment stimulé et que le vagin est plus étroit. Pourquoi ? Je n’en sais rien, je ne suis pas Gérard Leleu (Oui, le fameux Gérard Leleu, qui occupe dans ma vie une place se situant à peu près entre les désagréments d’une mycose vaginale et l’extraction dentaire sans anesthésie).

Par ailleurs, en ce qui concerne le missionnaire, autour de la queue se trouve un homme, généralement complaisant et plein d’entrain : encourageons-le donc à mettre une partie de son ardeur au service de ses avant-bras, sur lesquels il aura la gentillesse de s’appuyer à intervalles réguliers : il nous épargnera ainsi les jets de vapeur projetés contre notre clavicule en continu : oui, un homme qui halète de plaisir et qui souffle – comme un boeuf, soyons lucides – dans notre cou, c’est flatteur et très sexy, mais en non-stop, ça relève de la centrale-vapeur (en même temps, c’est l’occase de défroisser ses chemises sans se fatiguer).

Lançons un sonore  »va chier avec tes plans à la con » aux rédactrices des magazines féminins qui s’obstinent à conseiller le coussin sous les reins pendant le missionnaire : c’est disgracieux au possible, ça donne l’impression de devoir avancer les fesses comme chez le gynéco et surtout, ce n’est pas forcément très efficace. La customisation du missionnaire, intéressante j’en conviens, gagnerait donc à être décortiquée par des femmes réalistes. Et j’aime pas dire du mal, mais les rédactrices, elles sont gentilles, hein.

Ne nous emmerdons pas à nouer les jambes autour de la taille de notre partenaire pour nous donner l’air de passionnées. Déjà, faut lever haut les cuisses pour parvenir à réunir les chevilles sur les reins du pauvre gars qui va devoir officier avec l’impression qu’un koala géant s’est suspendu à ses lombaires (parce que faut pas se leurrer, entre l’effort du lever de cuisses et le maintien de la position, on est pas enroulée, on est suspendue), et ensuite toute l’énergie gaspillée dans cet effort, qui nous fait oublier qu’on est quand même là pour jouir, pourrait être économisée et avantageusement remplacée par de modestes déhanchés pleins d’enthousiasme, tout aussi efficaces (le clito dit merci) et beaucoup moins laborieux.

Faisons comprendre à l’homme de bonne volonté qu’il serait bienvenu de serrer les fesses en faisant le gros dos, au lieu de s’affaler avec passion, dans un effort désespéré pour nous pénétrer plus profondément :

- premièrement, on n’a pas BESOIN d’être pénétrée si profondément que ça en missionnaire (sauf si le gars est un expert, avec une queue parfaite, un angle d’attaque nickel, une sensibilité à tes réactions irréprochable… Bref, tu l’auras compris, c’est plutôt rare. Non, je ne donnerai pas de noms, paie d’abord),

- et deuxièmement, un mec qui s’écrase, c’est pesant, et ça inflige l’effet ventouse de deux ventres collés l’un à l’autre. Or, si les contacts avec le clitoris sont chaleureusement accueillis pendant le missionnaire, l’écrasement du bidon par le bidon au-dessus coupe le souffle. Et l’orgasme.

Savourons le fait de jouir sans en glander une. Là, pas d’argumentaire. Savourons simplement.

Et ouvrons grand les yeux sur la réalité, si déconcertante soit-elle : le missionnaire est un superbe exercice qui vaut bien, quand on se laisse vraiment aller, la plus chaude démonstration de pole dance ; car le spectacle d’une femme qui s’abandonne avec impudeur à la montée du plaisir sous les yeux de son mec qui tient le gouvernail, ajouté à une paire de seins qui s’agite en cadence et sans compter l’éventuel bande son qui peut être adaptée au style de la maison, franchement, je dis que ça peut être la grande classe.

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