Aucune, en fait.

(Haaaaaan ! Mais alors on nous ment quand on nous dit qu’il faut faire ceci et cela et que tout va s’arranger et qu’il y a pleins de solutions et que le dialogue est primordial et qu’une fois qu’on aura tout bien fait comme c’est raconté dans Cosmo on niquera heureux jusqu’à la fin des temps et plus jamais on se disputera ? Hein, dis, on nous ment ?)

Oui. On nous ment GRAVE.

Ne pleure pas, quand même. Mais sois lucide, il n’y a pas 36 solutions quand dans un couple l’un a envie de baiser et l’autre pas :

- Ou celui qui est rétif se force, avec deux dénouements possibles :

  1. L’appétit vient en mangeant.
  2. Ou pas.

- Ou celui qui est rétif ne se force pas, avec deux dénouements possibles :

  1. L’autre fait la gueule.
  2. Ou pas. (Enfin c’est-à-dire que si. Toujours. Mais parfois, ça ne se voit pas vu que certains d’entre nous sont de vils hypocrites qui savent se prendre un râteau sans pour autant en faire un drame).

Tout ce qu’on peut raconter d’autre, c’est de la connerie en barres. Parce que :

- Ne pas avoir envie de faire l’amour n’est pas forcément une pathologie conjugale nécessitant une cure immédiate.

- Si compromis et concessions s’avèrent nécessaires au sein du couple, et si l’on souhaite en général faire preuve d’intelligence et de souplesse, parfois c’est tout simplement impossible, tant la toile relationnelle qui se tisse entre deux individus est complexe : il peut se révéler sinueux, le chemin qui mène au refus de s’envoyer en l’air. Et le « forfait » habituellement évoqué par les magazines (fatigue-bébé-hormones-maladie-stress-travail-routine) est une vaste fumisterie en comparaison d’une réalité moins lisse.

Car c’est parfois un étrange dédale de sourdes rancoeurs, d’anxiétés diffuses, de craintes non formulées, de besoin de solitude, d’interactions multiples, d’énergies autrement canalisées, de centres d’intérêt momentanément portés sur des priorités différentes, de manque d’intérêt pour une chose sexuelle moins attractive qu’un bon bouquin, qui met l’esprit en indisponibilité pour le sexe (sans oublier la mycose vaginale,  l’herpès ou le lumbago, qui détournent également tout individu sensé de l’éventualité même d’une partie de jambes en l’air).

- Il n’est pas forcément utile de toujours trouver des solutions à tout. La vie de couple, ça peut supposer des conflits, des trucs qui peinent à s’ajuster, de menus machins qui coincent. C’est comme ça et tartiner des tonnes de papier glacé avec des recettes anti-frustration-tirage-de-gueule-couilles-engorgées-foufoune-congestionnée, c’est juste du remplissage débile. Les magazines n’ont pas de solution.

- Nous vivons dans une société qui nous pousse à rester performants. Ou à le devenir très vite si nous ne le sommes pas. Le couple, disséqué, analysé, est un enjeu au même titre que le boulot ou la réussite sociale. Le couple, au-delà même de son existence émotionnelle, sexuelle et intime, se doit d’être « réussi » également, comme une recette de génoise (et la génoise, c’est dur à réussir : si on bat trop la pâte, c’est une grosse miette. Si on ne la bat pas assez, c’est une grosse miette. Oui, voilà, un peu comme le couple en fait). Le couple, entité à part entière s’ajoutant aux deux individus qui le composent, doit donc « aller bien ». En tant que vitrine, on le soigne.

Et ce ne serait qu’un moindre mal si on le soignait pour son bien-être personnel, et non pour combattre des prétendus « symptômes ».

- Que l’on ait juste envie de baiser ou qu’on soit en demande d’un véritable acte d’amour ou de réassurance (cela dépend du contexte, de la pulsion du moment, de la personnalité de chacun), il n’est jamais agréable de voir son désir refoulé aux frontières du corps de l’autre. Dans le meilleur des cas, on fait preuve de compréhension et on se félicite d’avoir opté pour un comportement adulte. Ben oui, on n’est pas des bêtes quand même. Mais la plupart du temps, on est, au choix : blessé, vexé, furieux. Et dans cent pour cent des cas, on est frustré.

- Parfois l’absence de désir révèle un problème de fond dans le couple (une façon élégante de dire qu’on a juste envie de se casser très loin parce que vivre avec l’autre est vraiment trop chiant / trop pénible / trop nul). Et parfois non. Parfois, on a juste pas envie de baiser. Parfois on aimerait partir et on ne peut pas. Parfois on aimerait rester mais c’est difficile. Parfois, le sexe, c’est chiant et pas simple. Parfois, on a pas envie d’y réfléchir.

Conclusion ? C’est vraiment pas cool. Et puis c’est compliqué. Et on ne sait pas vraiment comment gérer le truc si ça devient une vraie souffrance. Y a des dizaines d’options. Enfin au final, c’est pas cool du tout. Merde, quoi. Y a des solutions, c’est clair… Mais aucune qui puisse se trouver à la fin d’un article de magazine. Jamais.

Et ça, c’est ce que devrait écrire tout sexologue ou journaliste un peu honnête.

Sinon, Top Santé a fait pondre un sondage à Harris Interactive avec un vrai scoop à l’intérieur : il paraîtrait que les françaises aiment l’amour. La dépêche du Midi s’est fait le glorieux relais de cette étourdissante découverte (le journalisme est un beau métier parfois). Sache donc que les femmes du 21ème siècle sont romantiques mais libérées. Oui, moi aussi je trouve que commander ce sondage pour obtenir ce résultat, c’était du pognon bien employé.

Source photo :
- Gay Art via Flickr

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