Explorons le 69 et parlons-en, mais avant cela, explorons sa présence sur le web, et ce qu’en disent les « Experts ». Pour rappel, on est toutes et tous bien d’accord, le 69 consiste à s’installer tête-bêche avec son ou sa partenaire et à stimuler réciproquement de la bouche la zone génitale de l’autre. Jusque là , pas de souci.
Première phrase édifiante trouvée sur le web, et je vous invite à savourer cette affirmation de haute volée : « Si la position 69 est une position transitoire dans l’hétérosexualité, elle prend une importance marquée dans la sexualité lesbienne grâce à son intimité, son efficacité, et ses caractéristiques ». Ca, c’est chez Pathol08. Pathol08 qui, il est bon de le signaler, « classe » le 69 dans la catégorie « positions sexuelles lesbiennes ». Que la main de Thierry Henry me vienne en aide, ai-je envie de dire en hommage au surréaliste Stephen Barbe, nouveau venu chez Sensuelle !
Cher Pathol08, pourquoi le 69 serait-il systématiquement une position transitoire dans l’hétérosexualité ? En vérité, ça PEUT être une position transitoire, notamment si l’un des deux jouit et l’autre pas, ou si le choix est fait de faire un bout de chemin en 69 mais de ne pas jouir dans cette position, mais ce n’est pas systématique. On peut très bien se faire un bon petit 69 et prendre son pied comme ça, même si ce n’est pas tout à fait simultané…
Réfléchissons un peu : n’est-elle pas sidérante, la hiérarchisation arbitraire infligée à cette pratique ? N’est-elle pas stupide, cette condescendance dubitative qui suinte des descriptions de certains sites médicaux ? Doctissimo, par exemple, s’étonne que cette position « véhicule le plus d’imaginaire alors que ce n’est pas une position de pénétration, anale ou vaginale ». Et alors ? Qu’est-ce qu’on en a à foutre que ce ne soit pas une position de pénétration ? La pénétration est-elle seule supposée nous faire fantasmer à mort ? Faut absolument remplir les trous pour se faire frétiller le cerveau ? Ou alors sommes-nous une fois de plus dans une tentative d’enfermement de la sexualité dans le schéma reproducteur, qui met la pénétration au sommet de tout et l’érige en nec plus ultra, utilisant pour ce faire les ressorts médiatiques les plus grossiers ?
Quant à la vision de la sexualité lesbienne par Pathol08, il est regrettable de constater que l’on considère toujours, d’une façon plus ou moins explicite, l’absence de pénétration comme un manque qui doit être compensé. Au-delà même de cette inepte constatation, il est également à noter que l’on continue à stigmatiser les pratiques et positions selon l’orientation sexuelle.
En toute logique, le 69 ne devrait pas se voir étiqueté en fonction de la sexualité de ceux et celles qui le pratiquent : pas de généralisation possible. Qu’il s’agisse de deux hommes, d’un homme et d’une femme ou de deux femmes, le 69 peut être une position transitoire OU PAS. Il peut se pratiquer sans forcément aboutir à l’orgasme, peut faire jouir l’un des deux partenaire ou les deux. Simultanément ou non.
Bon, le coup de gueule, c’est fait, passons maintenant aux aspects pragmatiques : le 69 est une caresse des plus agréables.
Mais bon sang que c’est inconfortable parfois !
Dans le cadre d’un rapport hétérosexuel, il paraît (toujours selon les baveux des encyclos en ligne) que le plus souvent, la femme est au-dessus. Il est vrai que c’est très pratique pour maîtriser la fellation et ne pas se retrouver avec le gourdin planté au fond de la gorge et périr d’asphyxie. En même temps, en cas de grosse flemme, c’est quand même mieux de se faire dorloter la figue sur le dos. Sans compter que la sensibilité est différente selon la position.
Et puis n’oublions pas le drame du 69 incompris, à savoir l’éventuelle difficulté à se concentrer sur deux choses à la fois (alors pour vous les mecs, je ne sais pas trop, mais en tant que femme, ça c’est un truc terrible). Bien sûr, il y a dans chaque pratique sexuelle tout un imaginaire fantasmatique qui vient s’ajouter aux gestes eux-mêmes. Et cet imaginaire, ajouté au bonheur immense de procurer du plaisir à l’autre, de s’abandonner mutuellement à l’impudeur érotique, peut être carrément jouissif… Le plaisir est donc là .
Mais en ce qui concerne l’orgasme, de façon très basique, il peut être assez difficile de se concentrer à la fois sur la pipe qu’on est supposées tailler et sur le cunnilingus dont on nous gratifie. La bonne galère en perspective. Soit on se concentre sur la fellation et on décroche du cunni, soit on savoure égoïstement les coups de langue et on suce n’importe comment… Sacré dilemme.
Lorsque le 69 se déroule entre deux femmes ou deux hommes, le problème du double rôle (recevoir et donner en même temps avec un minimum garanti d’efficacité) se pose de la même façon. On pourrait tempérer en affirmant que deux mecs ou deux filles ont a priori la même réactivité et que la fameuse question de l’orgasme simultané ne se pose pas (après l’éjaculation, la phase réfractaire ajoutée à la production d’hormones rend l’homme plutôt somnolent et pas forcément enclin à poursuivre le cunni ou la pipe), mais c’est un peu facile : en vérité, ce n’est pas le sexe qui détermine la promptitude à jouir mais les particularités propres à chaque individu (toutes les filles qui se sont déjà décroché un orgasme en moins de cinq minutes, par exemple avec un sextoy ou une caresse prodiguée dans un grand état d’excitation comprendront de quoi je parle).
Conseils pratiques :
Messieurs, quand votre partenaire féminine est en dessous, domptez votre enthousiasme si vous vous déhanchez en amples allers-retours dans sa bouche. Au-delà même de la sensation assez désagréable provoquée par un pénis qui nous étouffe à moitié, nous risquons de vous faire mal : en effet, la vitesse plus que la profondeur nous empêche de maîtriser l’angle de pénétration de votre sexe, et une rencontre inopinée et brutale avec nos dents pourrait vous faire très mal.
Mesdames, si vous êtes au-dessus, ne vous collez pas de crampes inutiles en tenant votre bassin à distance de la bouche de Monsieur : votre crainte d’étouffer votre partenaire est sans fondement. Les mains de ce dernier sur vos hanches sont tout à fait capables de contrôler la descente. Il ne se laissera donc pas étouffer sans protester. Gardez plutôt votre énergie pour vos bras : une main sur le matelas (ou au sol, ou sur le support du moment) et l’autre entourant le pénis de votre partenaire vous permettront de bien vous caler, sans risque de chuter lourdement, toutes dents dehors, sur l’appendice caudal de Monsieur.
Pour tout le monde, sachez qu’il est difficile de parler la bouche pleine, et que s’interrompre peut casser le rythme. C’est donc le moment d’avoir un langage corporel clair et sans ambiguïté. Contrairement à Gérard Leleu qui affirme que chez la femme la souffrance n’est qu’un excès de plaisir et qu’un mouvement de recul doit donc amener son partenaire à la maintenir fermement pour lui apprendre qui-c’est-qui-commande, j’estime que tout mouvement de recul doit être pris en compte pour ce qu’il est, et amener à moduler la caresse. Quitte à y revenir sur encouragement explicite du ou de la partenaire. Comme dans toute pratique sexuelle, écoute et compréhension sont absolument indispensables.
Surtout quand on est à la fois au four et au moulin, ce qui est le cas pour le 69…
A lire également :
- Le missionnaire : un acte de rébellion politique !
- Baisse de désir : que faire ?
- Page de réclame made in ZZG : le sextoy de la pauvresse
- Journée de la gentillesse : soyons sexuellement attentionnés !
- Les femmes et leur corps : oublions la dictature du vagin…
- L’actu sexe de la semaine est chez Emery



D’accord avec le fait que c’est très agréable, mais que plus j’y pense, plus je me dis que je préfère le « chacun son tour »
Aaaaah merci, je me demandais si j’étais la seule à avoir des problèmes de concentration… boire ou conduire, il faut choisir!
Bon article pour une bonne position.
Bien se laver les fesses paraît primordial quand même =)
@matskvg – Merci pour cette précision essentielle, ça devait être dit en effet.
@Marion : ah, toi aussi tu as le neurone syndicaliste (comme Ioudgine et beaucoup d’entre nous) ?
@Grain : Ben à titre perso, c’est pas faux. Certaines circonstances peuvent rendre le 69 évident, et là c’est génial. Mais plus je vieillis (je m’entraîne à prononcer ce mot en ce moment, et c’est rude), plus je deviens égoïste : en règle générale, j’aime me concentrer sur un truc à la fois.
+1 !!!
Mon expérience me montre que faire une fellation en position 69 est moins agréable pour la personne qui la reçoit, car ma langue ne peut pas bien toucher à son frein.
@GouineMum – Ah, ça, c’est intéressant… Et je suis assez d’accord : non que la fellation soit forcément plus maladroite, mais j’ai la sensation que c’est la situation en elle-même qui est excitante, mais que la caresse manque un peu de subtilité, par rapport aux nuances (pression, jeux de langue, variations diverses) qu’on peut proposer au sexe masculin dans d’autres contextes. Merci pour cet éclairage
Et si les deux partenaires sont couchés sur le côté, n’est-ce pas un bon compromis, en terme de position?
@Le Monolecte – Eh bien si, en fait : du point de vue du confort et de l’équilibre (aucun ne domine, ni ne risque d’être écrasé), c’est plutôt pas mal, mais au final – et là c’est un point de vue personnel et subjectif), je n’en raffole pas, parce que mine de rien, ça me donne l’impression d’être un peu gauche. Peut-être n’ai je pas suffisamment testé les deux côtés
@Le Monolecte – Quand il y aune grande différence de taille des partenaires, c’est pas forcément plus évident : on a le corps plus « calé », mais du coup on bouge moins facilement pour moduler ses mouvements.
Dans mon expérience, la différence de taille importante fait que même si c’est plus sportif d’être l’un sur l’autre, c’est aussi plus pratique pour moduler sa position et être plus facilement bien… face à sexe.
Wouhohowouho en apesanteur…..
Bien vu, docteur, il est temps de postuler à la Nasa pour le premier vol habité vers Mars
@marion –
tout pareil !
@Alex – Eh bien je ne suis pas vraiment d’accord ; je ne crois pas que cette position résolve réellement le problème de différence de taille de 2 partenaires (quand réellement grande différence de taille il y a…)
J’ai un souvenir net d’un 69 mémorable…pour nous deux.
Ce fut la première fois qu’elle libéra sa fontaine, et sous l’émotion de cette démonstration de plaisir extrême je ne pus résister à son ultime contact caudal avec sa gorge, et y délivrai ma charge pour son plus grand plaisir.
Je retiens de cette expérience, renouvelée depuis, que le 69 est LA position d’une sexualité « brute » mutuellement assumée.
D’accord avec vous : position extrèmement fantasmatique, mais qui pose quelques problèmes techniques… On change de sens, donc difficulté à atteindre le frein du clitoris de madame, ou torsion inadéquate du pénis de monsieur (j’ai été confrontée aux deux situations)…
Plusieurs alternatives qui se sont avérées sympathiques :
Si une femme est en-dessous et accepte la pénétration : lui stimuler aussi le point G en même temps que le clito.
Si trop de différence de taille, pour atteindre la clito ou le pénis de la personne au-dessus, l’anilingus est souvent une bonne alternative (avec ou sans pénétration anale), mais un coussin calé sous la tête est indispensable …
Pour moi et ma chérie, c’est LA position par excellence. En fait, quand j’y pense, depuis presque quatre ans, on ne fait JAMAIS l’amour sans passer en 69 à un moment ou à un autre. Pour un minimum d’un quart d’heure, vingt minutes. De mon côté, j’adore. Je suis couché sur le dos, elle est sur moi, je sens son poids, sa chaleur et tous mes sens sont en alerte :
- la vue, parce qu’évidemment, je suis au plus près de sa chatte et que par la magie de sa position, un genre d’à quatre pattes au dessus de mon visage, les globes de son cul magnifique s’écartent naturellement,
- le toucher de ma langue sur son sexe, bien sûr et tous ses alentours, de mes mains et du bout des doigts sur ces même zones, mais également sur ses jambes, ses fesses et l’ensemble de son dos, de ma joue contre l’intérieur de sa cuisse et sans parler, en plus, de ce qu’elle me fait,
- l’odorat, pour des raisons évidentes de situation qu’il est inutile de détailler,
- le goût, parce que bon, pareil que pour l’odorat, faut-il que je m’en explique ?
- et même, l’ouïe, dans la mesure où, pour moi, RIEN n’est plus excitant que les gémissements de plaisir d’une femme, lorsqu’ils sont étouffés par la présence d’une queue dans sa bouche.
Au surplus, bon, il y a mon plaisir, mais il y a le sien. Parce que lorsqu’on est en 69, eh bien, elle arrive assez facilement et assez régulièrement à l’orgasme.
Bien sûr, comme vous toutes, elle m’a fait part de sa difficulté, entre guillemets, à se concentrer à la fois sur ce qu’elle ressent et sur ce qu’elle fait. Mais ce qu’elle en dit également, c’est qu’elle adore cette position, parce qu’en l’état, elle se sent exposée, parce qu’elle se sent un peu vulnérable peut-être, ouverte à ma perception – tout ce dont je parlais un peu plus haut et parce qu’elle y voit une forme d’indécence, un genre de petite obscénité qui l’excite au plus haut point. Pour reprendre une de ses formules, le 69 est l’une de ces positions, qui lui procure le frisson de se sentir un peu « pute » et ça, apparemment, ça la fait grimper au rideau.
Après, à chacun et chacune ses ressentis.
Mais il n’en reste pas moins qu’elle arrive à l’orgasme.
Ensuite, alors, les choses sérieuses peuvent commencer…
@BonBon – « Les choses sérieuses » ? Mince, je pensais qu’à partir du moment où on était dans l’échange de plaisir, et à plus forte raison dans l’orgasme, on était en plein dans les choses sérieuses… Sans hiérarchisation.
Je veux dire, le cunni et la pipe, c’est pas des choses sérieuses ? Y a « plus sérieux » ?
Le vrai rapport sexuel, c’est l’échange érotique, le plaisir… Qu’il s’agisse de cunni, de fellation ou de pénétration, non ?
Sinon, on sent le gourmet dans le commentaire, et ça, c’est très sympa
Bah, quand je dis « les choses sérieuses », c’est d’une expression dont il s’agit. En termes plus triviaux, ça signifie qu’on ne s’arrête pas forcément là . C’est tout.
Hummmmmm, en ce qui concerne les petits problèmes de choix et de concentration (jouir ou faire jouir), et bien ma foi, en amour comme en 69, tout est une question de circulations, de rythmes et de vagues : un moment pour son plaisir, un moment pour le plaisir de l’autre, en vagues successives et parfois concomitantes (concomitance et cunnilingus ayant des sonorités assez rapprochées quand on y pense). Le tout est que chacun accepte et sente l’autre, et que l’autre idem, pour créer ainsi une sorte d’Egrégore paroxistique du plaisir (on peut tout aussi bien jouir de la jouissance de l’autre).
69 for ever.