On ne peut pas. Et on ne doit pas.

Attention, par « convaincre »Â  j’entends : négocier, argumenter, réclamer, demander de façon plus qu’insistante, estimer que c’est un minimum,  manoeuvrer, opposer des arguments « pour » à ses arguments « contre », lui expliquer que c’est une preuve d’amour, lui faire du chantage à la fellation, lui démontrer que c’est un truc génial, lui dire qu’il va adorer ça, que nous donner du plaisir devrait le combler, revendiquer notre droit à l’orgasme, lui dire « si tu m’aimes vraiment… », insister encore, etc.

J’ai récemment été heurtée par des affirmations hallucinantes, lues dans Sensuelle : le dernier numéro du magazine comporte en effet un dossier intitulé « Mon Apollon a un problème ». Jusque là, pourquoi pas. Mais quelle ne fut pas ma surprise en découvrant l’un des thèmes du dossier : « Il n’aime pas le cunnilingus ».

Ah. Il n’aime pas le cunnilingus. Et ça, ça veut donc forcément dire qu’il a un problème  auquel il faut remédier ? Non mais sérieusement, le mec qui n’aime pas mettre sa langue dans les replis du sexe de sa copine, il a un problème ? Alors ok, il PEUT avoir un souci de tabou, de peur d’être maladroit, de timidité, d’appréhension… Mais s’il n’aime tout simplement pas, c’est son droit, non ? Et dans ce cas, ce n’est pas lui qui a un problème, mais sa copine à qui ça pose souci (et c’est son droit également, je ne conteste pas).

J’essaie d’imaginer un magazine dans lequel serait publié un dossier qui aurait pour titre : « Ma princesse a un problème », et qui ferait mention dans un de ses paragraphes d’un « Elle n’aime pas la fellation ». Nous n’apprécierions certainement pas de lire que ne pas vouloir mettre une queue dans notre bouche témoigne d’un problème. Nous n’apprécierions pas non plus que le traitement de la question se résume à nous expliquer qu’au final, on doit faire contre mauvaise fortune bon coeur et apprendre à aimer ça, quitte à s’imposer un gros effort.

Nous brandirions le féminisme.  Nous contesterions cette récurrente propension à vouloir « convaincre » dans le sexe. Nous critiquerions la presse qui sous un esprit faussement conciliant pousse à la surenchère (« T’aimes pas ça, ok, t’as le droit. Mais enfin réfléchis quand même. Et puis c’est pas définitif. Ca va venir. Regarde, on t’explique d’où vient ton problème. Mais si , t’as un problème. Enfin un blocage. Tu vas comprendre très vite pourquoi c’est trop bien. T’es convaincue là, hein ? »). Souvenez-vous de la sodomie-nouvelle-carte-à-jouer-au-lit.

Et dans ce dossier, le propos est sensiblement le même : on explique à la jeune femme, en deux points (1 – « Pourquoi est-il comme ça » et 2 – « Que Faire ? », comme si le fait d’être « comme ça » était une sorte de tare à laquelle il fallait absolument remédier), que son mec doit avoir un problème de dégoût, ou de tabou lié à l’archaïsme de la sexualité infantile. Ouais, carrément. On n’est pas là pour rigoler, attention. Ensuite, on expose qu’à froid, pas la peine de mettre la pression, mais que si le gars est assez coquin, il peut « Ãªtre dans l’excitation. Or, on ne peut changer un comportement que si l’on est excité. Si à un moment donné, il l’est et qu’elle s’approche de lui, il pourrait faire quelque chose avec beaucoup moins de dégoût et petit à petit etc ».

Vachement élégant en terme de respect des désirs de l’autre. Dialoguer, oui. Biaiser pour se faire mieux baiser, non. Ca évoque un peu le plan « je te prends par surprise pour que tu avales ».

Sérieux, les gars, détendez-vous de la bite et franchement, si les magazines féminins prônent ce genre de choses, n’ayez  plus aucune hésitation à insister comme des gros relous pour vous faire sucer, parce que les conseils dispensés dans ce dossier sont du même acabit.

Alors NON,  on ne doit pas le convaincre même si on a très envie d’un cunnilingus parce que :

- La parité c’est aussi ça : alors qu’on proclame à tout-va que nous, les femmes, n’avons pas à nous forcer en matière de sexe, de quel droit attendrions-nous d’un homme qu’il se force ?

- Pousser au cunni un homme qui ne le désire pas et obtenir qu’il cède, c’est aussi pathétique que pousser à la pipe une femme qui n’en a pas envie, et obtenir qu’elle cède.

- Nous ne nous gênerions pas pour considérer qu’un mec qui insiste pour qu’on lui fasse une pipe est un mufle égoïste. Une femme qui insiste n’est-elle pas une sorte de connard ?

- Certaines femmes n’aiment pas l’odeur de la queue ni le goût du sperme. Sans tabou, sans gêne. Simplement, elles n’aiment pas. Eh bien certains hommes n’aiment ni l’odeur ni le goût de la chatte. Non, ça ne les enivre pas, ce ne les fait pas chavirer de désir, ni bander à mort. Ce n’est pas pour ça qu’ils sont coincés, ou qu’ils manquent d’ouverture d’esprit. : ils peuvent être sensuels, adorer le corps des femmes, mais leur lécher le berlingot, non.  C’est leur droit le plus strict.

Pas plus que la femme, l’homme n’a à se contraindre. De la même façon qu’il y a des femmes qui n’aiment pas sucer, certains hommes hommes n’aiment pas lécher. Respectons-les dans leurs désirs et refus.

La lutte contre le sexisme et pour la parité, ça passe aussi par là.

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